Que serait le monde sans les plantes sauvages ?

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Chanvre, lin, coton, jute, ortie, etc. L'homme utilise la fibre végétale pour confectionner tous types de tissus, des plus délicats aux plus robustes, depuis des milliers d'années. Ici, l'emballage de l'Abaca ou chanvre de Manille (Musa textilis). CC BY-SA 3.0

Depuis l'aube de l'humanité, elles nous procurent feuilles, graines, racines et fruits pour nous nourrir et nous soigner. Ainsi que des matériaux indispensables à nos activités : du bois pour construire des abris ou faire du feu. De la fibre pour tisser des sacs, vêtements, voiles de navires, etc. Elles nourrissent également les animaux que nous mangeons. Quoi que nous fassions nous ne pouvons pas nous passer des plantes sauvages, et ce au quotidien. 

Malheureusement, au cours de l'histoire, nos relations avec elles évoluèrent, de multiples façons pas toujours très positives. D'abord avec l'avènement de l'agriculture, l'homme commence à maîtriser son alimentation, à choisir lui même de faire pousser, puis de sélectionner les végétaux qui l'intéressent. Ainsi de nombreuses plantes sauvages deviennent indésirables en culture et sont considérées comme de mauvaises herbes tout juste bonnes à arracher. L'aire de la domination de l'homme sur la nature commence à se mettre en place...

Arrive ensuite l'époque médiévale, les légumes cultivés, souvent rapportés de contrées lointaines font figure de noblesse. Tandis les plantes sauvages sont réservées aux paysans qui n'ont pas les moyens de se nourrir d'autres denrées que celles qui sont à portée de leurs mains. C'est aussi le temps de l'inquisition et de la chasse aux païens, mais surtout aux mages et sorcières. On se méfie de tous ceux qui savent mettre à profit les diverses utilisations des végétaux et disposent de ce savoir (ou pouvoir !) ancestral. Certaines plantes, alors évocatrices de sorcellerie souffrent d’une réputation sulfureuse et inspirent crainte et rejet : le prunellier devient l’épine noire qui constitue balais et baguettes magiques, les saules sont le lieu de rassemblements maléfiques, la bryone est le « navet du diable » et est utilisée parfois en remplacement de la mythique mandragore, plante dont la racine à la forme d'un homme.

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"Mauvaises herbes", "nourriture des pauvres" ou "plantes maléfiques". Toutes ces symboliques douteuses et négatives entachent nos relations avec les belles sauvageonnes, dont les usages tombent peu à peu en désuétude, particulièrement en ce qui concerne l'alimentation. Nos choix se portent aujourd'hui quasi systématiquement sur les fruits et légumes cultivés. Et si les traditionnelles salades de pissenlit, beignets de fleurs d’acacia ou vin d'épine sont restés de mise dans certaines régions, ces quelques traditions ne sont rien en regard de la diversité que le monde végétal a à nous apporter !

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Mandragores mâle et femelle. Extrait du manuscrit Dioscurides neapolitanus, datant du VII ième siècle, conservé aujourd'hui à la bibliothèque nationale de Naples. 

Avec près de 1600 plantes sauvages comestibles qui s'épanouissent dans nos contrées, voilà qui laisse un choix autrement plus vaste et intéressant que celui qu'on nous propose quotidiennement en grande surface ou même sur les étals des marchés, pour le plus grand plaisir des sens et des papilles ! C'est un véritable dédale de fragrances, de goûts et de saveurs nouvelles, qui réenchantent la cuisine et sont autant d'atouts en faveur de notre santé : vitamines, minéraux essentiels et protéines équilibrées se trouvent plus qu'en suffisance dans les plantes sauvages, qui en sont bien plus riches que leurs homologues cultivés. En plus de cela la cueillette s'avère écologique, économique et souvent pratique, pour peu que l'on ait un espace bien préservé à proximité, qui pourrait tout aussi bien être votre jardin, à condition de les laisser s'y développer.

Mais au delà de tout ça, la cueillette constitue la manière la plus simple et efficace de se relier au monde qui nous 

Finement ciselées, les feuilles de la tanaisie font merveille en alliance avec le chocolat !Utilisée autrefois comme abortif, son usage est à proscrire pour les femmes enceintes.

entoure et de reprendre contact avec "nos racines". En développant cette relation nouvelle et intense avec les plantes qui sont nos amies quotidiennes vous apprendrez à les connaître, à les aimer, et à les accepter dans leur condition d'êtres, aussi vivants que différents de nous. Non pas pour tout ce qu'elles ont à nous apporter, mais simplement parce qu'elles font comme nous partie de cette immense toile aux entrelacs infinis que l'on appelle "la vie"...